#52 – Quelle évolution pour l’instrumentation en endodontie ?

Tout est parti de trois systèmes d’instruments en 1996. Le Profile (Dentsply), le Hero 642 (Micro Mega) et le Quantec.

Les grosses sociétés ont fait la recherche, le marché est lancé, les copieurs se sont donc activés.

Actuellement, un nouvel instrument apparaît sur le marché pratiquement tous les 6 mois. Tous aussi performants les uns que les autres si l’on en croit les représentants. Mais est ce que l’innovation est encore possible ? Si oui, dans quelle mesure ?

C’est cette question que je vous propose d’aborder cette semaine pour la 52ème réponse d’expert d’Endo Académie.

Les débuts de l'instrumentation en endodontie

Dans les premières années de vie de la rotation continue, l’évolution se faisait essentiellemnt sur les dessins des instruments, des lames coupantes, des radial land, une conicité régulière ou variable, des pitch variables, etc…

Une fois que tout a été breveté, l’innovation s’est déplacée.

Puis, cela a été le tour des alliages.

Nickel Titane, puis M Wire. Sont apparus alors les traitements thermiques post fabrication. les Gold, les blues, les pinks, mais également les faux gold…. Les faux Gold sont ceux qui ont la couleurs du Gold mais qui n’en sont pas. Il s’agit d’un revêtement en nitrure de Titane qui contrairement à la mouvance qui consiste à assouplir les instruments, tend à les durcir pour essayer de les renforcer.

Cette évolution semble être aboutit puisque tout le monde ou presque, utilise les traitements thermiques.

Alors comment continuer à évoluer ?

Les processus de fabrication

On assiste par exemple à des processus de fabrication innovant. Evolution à la marge mais qui n’est pas inintéressante.

La société Neolix qui travaille par électro-abrasion plutôt que par meulage autorise la fabrication d’instruments différents et ouvre surtout la porte au « tout possible ». A quand un instrument creusé en son milieu pour permettre une irrigation continue ? Je n’ai pas de délais, mais techniquement cela devient enfin possible, au moins sur le papier.

Intéressant, mais pas suffisant pour secouer le marché…

Non la vraie évolution qui semble se faire est dans le mouvement d’utilisation.

Evolution du mouvement

En 2011, Dentsply perturbait le domaine de l’endodontie encore une fois en proposant la réciprocité. Cette innovation a suivi les trois phases conventionnelles de l’innovation qui peuvent être résumées par :

  • Phase I « c’est nul »
  • Phase II « c’est bien mails il faut la modifier »
  • Phase III « Regardez ce que j’ai inventé il y a quelques années »

La phase III étant atteinte, et surtout les preuves d’intérêt étant dorénavant évidentes, des modifications de ce mouvement aysnchorne ont été proposées.

Sybron Endo a été la première société à proposer un moteur qui gérait un mouvement combiné. Mouvement de rotation continue pour l’efficacité de coupe et de travail de l’instrument, qui se transforme en mouvement de réciprocité dès que l’instrument rencontre une difficulté.

Lorsque l’instrument est contraint et le risque de fracture important, le moteur adapte immédiatement le mouvement mécanique afin de diminuer le risque de fracture et surtout de passer la difficulté. Une fois la difficulté passée, l’instrument se remet automatiquement en rotation continue

Depuis septembre 2019, la société Komet rentre dans la véritable innovation instrumentale en proposant un système d’instrument associé à un mouvement de réciprocité différent qu’ils appellent le « mouvement REFLEX ». Le mouvement rotatif vers la gauche s’inverse automatiquement en cas de blocage ou contrainte sur l’instrument.

Pour les situations plus complexes, un second mouvement appelé SMART s’adapte à la contrainte mais également au niveau de instrument qui est contraint. En cas de blocage, l’instrument se dégage puis revient au mouvement initiale avec une vitesse accélérée.

Ces deux mouvements permettraient, d’après le fabricant, d’augmenter la sécurité des instruments utilisés.

Nouveau moteur, nouveau mouvement, nouveau concept ? En tout cas c’est comme cela que ça nous est présenté.

Il ne manquait donc plus qu’un nouvel instrument. C’est chose faite avec le Procodile. Un instrument avec un pas à gauche, coupant, dont la section en S varie de la partie apicale vers la partie coronaire.

S’agit il d’une véritable innovation ? Il m’en faudra un peu plus pour le dire. En tout cas, à l’usage, ce mouvement apporte un indéniable sentiment de sécurité et d’efficacité notamment sur les canaux très fins.

Mon seul regret, à titre personnel, est la rigidité de l’instrument.

Il y a de fortes chances que les industriels s’engagent dans cette voie de mouvements combinés et adaptés aux situations cliniques. Les développeurs de la réciprocité avaient avertis dès 2011 que le mouvement était intéressant pour diminuer les risques de fracture.

Est ce que les instruments sont plus sûrs ? Moins fragiles ?

Difficile à dire dans le sens où finalement ce qui provoque la fracture instrumentale est plus lié à sa façon de l’utiliser plutôt qu’à l’instrument lui-même.

Alors à quoi servent toutes ces évolutions ? Ne serait il pas plus cohérent de développer la formation plutôt que les instruments eux-mêmes ?

Les deux ne sont pas incompatibles.

Inventer pour améliorer la tolérance

Ce que l’industrie peut proposer dorénavant c’est non pas de proposer des instruments moins fragiles ou plus résistants, mas plutôt des instruments plus « tolérants ».

Plus tolérant à l’utilisation. Moins opérateur dépendant. Aussi sûr dans les mains d’experts que dans celles d’un étudiant débutant. Elle devrait être là la véritable évolution.

C’est en cela que ces mouvements deviennent intéressants. S’adapter à l’erreur de manipulation, ce qui pourrait transformer un instrument considéré comme « fragile » en un instrument « sécurisant ».

Une évolution économique ?

La dernière évolution est purement économique. La guerre des prix… A celui qui fera la plaquette de 6 la moins chère possible.

Il faut admettre que cette question est importante dans l’équilibre financier d’une structure. Est-ce que les instruments à 35 euros sont aussi bons que ceux à 80 euros ? Il s’agit là d’une autre question.

La seule notion à garder à l’esprit est que dans la différence de prix, il n’y a pas que la marge, mais l’amortissement des investissements en R&D qui ont permis aux sociétés innovantes, de faire que l’endodontie en est là où elle en est.

Néanmoins, cet amortissement doit également rester cohérent avec la réalité économique qui est de plus en plus d’actualité et les industriels devraient tout faire pour ne pas tomber dans l’excès qui tend à nous ramener vers les instruments low-cost fabriqués et commercialisés par des sociétés qui elles, n’innovent pas.

Un juste équilibre… difficile à trouver.

Le mouvement c’est bien. Mais la formation à l’utilisation et la compréhension de ce que l’on fait est encore plus sécurisant. C’est notre concept chez Endo Académie et c’est pour cela que nos formations sont essentiellement orientées vers la compréhension et non pas l’instrumentation. Dans nos Travaux Pratiques nous proposons 5 systèmes à l’essai. Avec le droit de n’en tester qu’un si l’on veut !

A très bientôt

 

Vous voulez vous aussi vous former à l’endodontie en toute liberté et avec des Travaux pratiques comme jamais vous n’en avez eus ? Rejoignez nous pour la prochaine session de notre formation phare, le Cycle Endo Paris

#Les Réponses d’Experts

Lire la vidéo
DÉCOUVREZ NOS FORMATIONS >>

Nos formations en endodontie e-learning sont 100% prises en charge par le DPC

< Précédent

EP 79 – DR ALI SALEHI, DENTISTE ET ÉTUDIANT NEW YORKAIS

Suivant >

EP 80 – DR PAULINE PAGBE, PARODONTISTE ET ENTREPRENEUSE

ENDO-ACADÉMIE

Nos autres réponses d’expert

4 juin 2024

Réponse d'expert 98

#98 : Faut-il prémédiquer nos patients pour améliorer nos anesthésies ?

Est-ce que vous aussi, vous avez des échecs avec vos tronculaires ? Ces échecs sont ils uniquement liés à des erreurs techniques d’injection ? N’y-a-t-il pas d’autres facteurs qui limitent l’efficacité d’une injection à l’épine de Spix ? Malgré tout, cette injection reste la technique de choix pour réaliser les traitements sur les molaires et prémolaire mandibulaires, notamment grâce à sa durée d’installation Qu’en est il de le prémédication médicamenteuse avant le soin pour optimiser l’efficacité de la technique ?

7 mai 2024

Réponse d'expert 97

#97 : 4 astuces pour mieux utiliser un localisateur d’apex

Vous utilisez un localisateur d’apex, et vous avez l’impression que parfois il n’est pas fiable ? Votre localisateur vous donne parfois des mesures qui vous semblent bizarres, et vous ne comprenez pas pourquoi ? Vous commencez à douter de votre appareil et regrettez de ne pas avoir acheté la Rolls des localisateurs, pensant qu’il est plus performant ? Sachez qu’avec quatre règles simples vous allez optimiser vos résultats et que finalement, votre appareil va très bien !

2 avril 2024

Réponse d'expert 96 : La fracture instrumentale est-elle une catastrophe ?

#96 : La fracture instrumentale est-elle une catastrophe ?

Le bris instrumental est l’un des événements le plus redouté et le plus stressant pour un dentiste au cours d’un traitement endodontique. Il n’arrive pas si souvent que ça, néanmoins ce type d’incident est très largement étudié, et on en parle beaucoup au sein de la communauté des dentistes. Mais est-ce vraiment si grave que cela, de casser un instrument ? Une dent présentant un fragment instrumental est-elle forcément à extraire ?