#80 – Kakehashi vous connaissez ?

Non, ce n’est pas une marque ni un constructeur de véhicules motorisés à deux roues ! Kakehashi est l’un des piliers de la compréhension de la pathologie endodontique. On en entend souvent parler, mais le détail de l’expérimentation est intéressante

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C’est le sujet que je vous propose d’aborder pour cette nouvelle réponse d’experts d’Endo Academie, organisme de formations pour chirurgiens-dentistes.

Une expérimentation princeps pour l’endodontie

Que la pathologie endodontique soit inflammatoire d’origine infectieuse, cela ne fait plus de doute.
Si vous voulez revenir sur les fondamentaux de cette dualité infection/inflammation, je vous invite à revoir la réponse d’expert n° 65 dans laquelle je reviens sur les concepts basiques, mais ô combien importants.

Vous pouvez aussi être intéressé par la réponse d’expert n°69 où je propose un modèle de consultation pour les patients. Sur le concept ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, être capable d’expliquer cette situation complexe avec des mots simples confirme une très bonne maîtrise des choses.

Ce que je vous propose aujourd’hui c’est de revenir sur une expérimentation princeps et fondamentale qui a permis de démontrer que la présence de bactéries était nécessaire pour développer une lésion apicale

L’expérimentation de Kakehashi et de son équipe remonte à 1965. S’il y a bien un papier que l’on doit connaitre, c’est celui-ci.
Le protocole expérimental est très simple. Une expérimentation simple, mais judicieuse
L’objectif était de déterminer le rôle et l’importance des bactéries dans les pathologies endodontiques.
Comme pour toute expérimentation, il leur a fallu réfléchir à un modèle dit « expérimental » et un modèle « contrôle »
Le modèle expérimental inclut la présence de bactéries, tandis que le modèle contrôle élimine toute implication des bactéries tout au long de l’expérimentation.

Une expérimentation simple, mais judicieuse

Kakehashi a donc sélectionné deux types de rats :

  • Un groupe de rats dits « normaux », c’est-à-dire vivants et élevés dans des conditions normales (et donc en présence « normale » de bactéries
  • Le groupe contrôle quant à lui était constitué de rats « germ free » — on comprend donc une population de rats élevés, depuis leur naissance en milieu stérile, à l’abri de toute trace de bactérie.

Techniquement, ces rats sont nés par césarienne sous bulle stérile — et tout au long de leur vie ils sont élevés sous cette bulle avec une alimentation elle-même stérile.

Ce groupe d’animaux est totalement exempt de bactéries, et c’est très important pour la suite de l’étude.

L’équipe a réalisé des expositions pulpaires sur les deux groupes de rats de la race Fisher — 21 rats « germ-free » et 15 rats dits « normaux ».

  1. Les rats « germ free » ont ensuite été élevés dans une enceinte d’isolation stérile.
  2. Tous les animaux ont reçu la même alimentation et la même eau de boisson.
  3. Les cavités n’ont pas été obturées, laissant ainsi la pulpe exposée au milieu buccal des animaux.
  4. Les animaux ont ensuite été sacrifiés à intervalle régulier, de 1 à 42 jours après le traitement.
  5. Les pièces anatomiques extraites ont immédiatement été fixées puis traitées avec des techniques histologiques conventionnelles pour l’époque.

Sur les animaux « conventionnels », les dents traitées montraient une nécrose tissulaire associée à une lésion osseuse apicale sur tous les animaux à partir de 8 jours postopératoires. La présence de micro-organismes était évidente sur tous les échantillons observés.
Aucune trace de cicatrisation pulpaire n’a pu être observée.

Des résultats surprenants chez les “germ-free”

Voyons maintenant ce qu’il s’est passé sur les animaux « germe free ».
La première observation qui n’est d’ailleurs jamais mentionnée est que seuls 85 % des animaux traités ont survécu à l’intervention. Les raisons de la mort de ces animaux ne sont pas expliquées — ces animaux ont peut-être une fragilité particulière.
L’observation importante, est que sur tous les échantillons observés, aucun canal ne montrait de nécrose tissulaire. La pulpe était vivante et presque saine dans la totalité des canaux observés.
Aucune nécrose pulpaire et encore moins de lésion péri apicale. L’inflammation de la pulpe est même très superficielle.
Comble de l’expérimentation, les animaux ayant la plus longue période de traitement montraient même des signes de guérison avec la formation de pont partiellement minéralisé dans la partie coronaire du tissu. Les dents observées après 42 jours montraient même une minéralisation très avancée au niveau de la chambre pulpaire.

Je vous rappelle juste que dans cette expérimentation, aucun matériau n’a été placé au contact de la pulpe. On ne parle même pas de bio activité et encore moins du contrôle de l’inflammation. Juste un contrôle de l’infection.
On est loin de la bataille industrielle qui consiste à vanter les mérites du meilleur matériau de coiffage pulpaire !

Finalement, avec une expérimentation assez simple techniquement [même si de nos jours il serait probablement difficile de la reproduire], l’implication des bactéries dans la mort pulpaire est indiscutable.

Rien de bien nouveau depuis…

L’introduction de ce papier ainsi que la discussion sont très intéressantes.
Ce manuscrit a été publié en 1965. Et déjà à ce moment-là, les causes d’échec [et de succès] du coiffage pulpaire étaient discutées.
Ce qui est assez intrigant, c’est que cette introduction pourrait être réécrite aujourd’hui dans les mêmes termes. L’importance de l’âge du patient, de la profondeur de la carie, tout ça… Toujours les mêmes arguments sont discutés.

On se rend compte au final que 55 ans plus tard, malgré toute la recherche que l’on a pu faire sur le sujet, on se pose toujours les mêmes questions.
Est-ce que les nouveaux matériaux ont permis de faire avancer le schmilblick ? Probablement plus que ce que nous avons pu démontrer clairement.
Mais on ne sait toujours pas si les enfants guérissent mieux que leurs grands-parents et surtout, nous ne sommes toujours pas capables de définir les critères exacts d’indication [et de contre indication] du coiffage pulpaire.

C’est frustrant, mais c’est ainsi ! Et cela montre surtout à quel point notre métier et les tissus sur lesquels nous travaillons sont complexes !

À très bientôt !

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