EP 123 – MAXIME DORISON, ETUDIANT EN DENTAIRE ET FONDATEUR DE ODONTIS
Il y a quelque chose d’assez symptomatique dans la façon dont le secteur dentaire recrute encore aujourd’hui. Un praticien cherche un remplaçant : il poste dans un groupe Facebook. Un étudiant en sixième année cherche un stage actif : il demande autour de lui. Un cabinet en zone tendue cherche une assistante dentaire depuis trois mois : il finit par payer un cabinet de placement qui facture jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel du candidat placé.
C’est ce constat — simple, documenté, agaçant — qui a conduit Maxime Dorison, 24 ans, encore étudiant en chirurgie dentaire à Paris-Cité, à construire Odontis : une plateforme de matching bidirectionnel pensée spécifiquement pour les spécificités du recrutement dans la profession dentaire. Et à le faire avec 200 000 € levés, une application disponible sur l’App Store, le Play Store et le web, et un diplôme qui arrive dans quelques semaines.
Dans le dernier épisode des Gueules du Dentaire, Pr. Stéphane Simon l’a reçu pour une conversation de 1h30 sur l’entrepreneuriat, la réalité du système universitaire hospitalier et ce que l’intelligence artificielle change concrètement au développement d’une application. Voici ce qu’il faut en retenir.
Un marché dentaire qui recrute encore comme en 2005
Pour comprendre pourquoi Odontis existe, il faut comprendre à quel point le marché du recrutement dentaire est resté archaïque. Maxime Dorison a fait l’expérience lui-même : en créant un faux profil sur un cabinet de placement connu, il a demandé un stage actif en sixième année, à moins de 30 minutes de chez ses parents. Quarante-huit heures plus tard, on lui proposait une collaboration libérale à Château-Thierry.
Ce n’est pas une anecdote isolée. C’est le fonctionnement structurel d’un marché où les intermédiaires ne connaissent pas le métier. Des recruteurs qui confondent « remplacement » et « collaboration libérale », qui ignorent ce qu’est un wando, qui ne savent pas distinguer un omnipraticien d’un spécialiste. La conséquence : des mises en relation approximatives, des praticiens qui passent par Facebook faute de mieux, et des groupes de recrutement dont la majorité appartient précisément aux cabinets de placement qui en tirent profit.
Le vide est réel. Et c’est exactement là qu’Odontis s’installe.
L’idée : le matching bidirectionnel appliqué au dentaire
La genèse du projet est limpide. En quatrième année, Maxime ouvre Wix pour faire un site d’annonces. En quelques jours, il réalise que le sujet est bien plus complexe. Il dessine des maquettes, emprunte 15 000 € à ses parents, contacte des développeurs parisiens — et l’idée bascule : plutôt qu’un simple agrégateur d’annonces, il imagine un algorithme de matching bidirectionnel qui adapte les critères et les résultats selon le profil de chaque utilisateur.
Une assistante dentaire en alternance qui cherche un cabinet ne voit pas les mêmes écrans qu’un chirurgien-dentiste diplômé qui cherche une collaboration libérale. Un recruteur qui veut un praticien formé en France, maîtrisant l’endodontie sous microscope, disponible trois jours par semaine, obtient des résultats triés par pourcentage de compatibilité — pas une liste générique.
Les critères pris en compte sont ceux qui comptent vraiment dans le secteur : type de poste recherché (remplacement, collaboration, salariat), plateau technique disponible, compétences spécifiques, diplômes obtenus, expériences passées, pays et année de formation. Des détails que seul quelqu’un qui connaît la profession de l’intérieur peut identifier comme déterminants.
Le modèle économique est volontairement simple : 65 € pour déposer une annonce valable 30 jours. Gratuit pour les candidats. Et jusqu’ici, aucun cabinet n’a dû renouveler sans avoir trouvé.
200 000 € levés sans business angel — et sans conflit d’intérêt
Financer le développement d’une application est une chose. Le faire sans réseau entrepreneurial préexistant, depuis un amphi de fac, en est une autre.
Maxime Dorison a fait ce qu’il fait toujours quand il ne sait pas : il a acheté un livre à la Fnac, passé des heures sur YouTube, et appris à pitcher. Il a rapidement écarté les business angels — peu intéressés par des levées inférieures au million d’euros — pour se tourner vers son réseau personnel : amis, famille, relations de relations. Des personnes qui investissent sur une vision et une personnalité, pas sur un prévisionnel.
Une contrainte qu’il s’est lui-même imposée : aucun investisseur susceptible d’avoir un conflit d’intérêt dans le monde dentaire. Pas de centres dentaires, pas de cabinets de placement, pas d’industriels. Une décision stratégique autant qu’éthique, qui lui a permis de garder une liberté totale sur le développement du produit.
Au total : 80 000 € auprès d’investisseurs privés, un crédit bancaire d’un montant comparable, et 30 000 € décrochés au plus haut niveau de l’incubateur Project Factory de l’Université Paris-Cité. Le tout sans jamais avoir suivi une formation en entrepreneuriat.
Janvier 2026 : tout redévelopper seul, avec l’IA
Pendant un an, Odontis a été développé avec une équipe de freelances parisiens. L’avantage : la proximité, la réactivité, une vraie qualité de design UX. L’inconvénient : le coût, la dépendance, et les limites inhérentes à tout développement externalisé sur un produit qui évolue vite.
En janvier 2026, Maxime prend une décision radicale : redévelopper intégralement l’application seul, en quelques semaines, en s’appuyant sur Lovable — un outil de développement assisté par l’IA — et en remettant les mains dans le code lui-même. Pari risqué. Pari tenu.
Ce qu’il retient de cette expérience est nuancé et précieux : l’IA ne remplace pas le développeur, elle compresse le temps. Elle permet à quelqu’un qui pense en logique scientifique de produire de la valeur technique sans maîtriser chaque couche du stack. Mais la structure du code, l’architecture des fonctionnalités, la capacité à débuguer — tout cela exige toujours un esprit rigoureux capable de comprendre ce qu’il construit.
Odontis est aujourd’hui disponible sur l’App Store, le Play Store et sur odontis.fr, et couvre le recrutement d’assistantes dentaires, de chirurgiens-dentistes étudiants ou diplômés, partout en France.
Ce que cet épisode dit du secteur dentaire — au-delà d’Odontis
La conversation entre Pr. Simon et Maxime Dorison dépasse largement le seul sujet d’Odontis. Elle touche à des questions structurelles que la profession dentaire française ne peut plus éviter.
La démographie d’abord. En 2024, plus d’un nouveau praticien inscrit au Conseil de l’Ordre sur deux est diplômé de l’étranger. Une réalité que le numerus clausus a produite, et que le marché du recrutement doit désormais intégrer — en termes de diversité des profils, de reconnaissance des formations et de géographie des besoins.
La disparité de formation ensuite. Entre les facultés, les niveaux sont hétérogènes. Entre un étudiant formé dans une fac parisienne avec six hôpitaux d’application et un étudiant issu d’une faculté périphérique récemment créée, les écarts cliniques peuvent être considérables. Une réalité que Maxime a observée de l’intérieur, depuis le bureau étudiant de Paris-Cité, et que Pr. Simon confirme depuis ses années de formation continue.
L’enjeu du vocabulaire, enfin. Recruter dans le dentaire sans connaître le métier produit des absurdités. « Instruments » à la place d' »instruments rotatifs », « nerf de la dent » à la place de « pulpe », des candidats orientés vers des postes incompatibles avec leur profil. Le recrutement dentaire est une spécialité en soi — et c’est précisément ce qu’Odontis cherche à encoder dans son algorithme.
Écouter l’épisode
Maxime Dorison est l’invité de l’épisode #123 des Gueules du Dentaire. 1h30 de conversation sur l’entrepreneuriat, le système universitaire, le marché du recrutement dentaire et l’usage concret de l’IA dans le développement d’un produit.
Disponible sur toutes les plateformes d’écoute : https://smartlink.ausha.co/les-gueules-du-dentaire/episode-123-maxime-dorison-etudiant-en-chirurgie-dentaire-fondateur-d-odontis
Et sur YouTube : https://youtu.be/lEHqQO8LgX0
👉 Odontis est téléchargeable sur l’App Store, le Play Store et sur odontis.fr — annonce à 65 € pour 30 jours, gratuit pour les candidats.
Les Gueules du Dentaire est le podcast de référence de la dentisterie francophone, animé par Pr. Stéphane Simon, endodontiste et fondateur d’Endo Académie. 2e podcast médical en Europe.
Maxime Dorison
Étudiant en dentaire et fondateur de Odontis

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