#18 Le lentulo est-il vraiment aussi dangereux qu’on ne le laisse supposer ?

Qui aujourd’hui utilise encore le lentulo ?
Beaucoup de praticiens.
Est-ce vraiment un instrument à proscrire ? Ou pourquoi pourrait-il redevenir malgré toutun instrument intéressant ?

C’est la question que je vous propose d’aborder cette semaine dans la nouvelle réponse d’expert d’Endo-Académie.
​Alors que j’obturais récemment une molaire avec un matériau de la famille des biocéramiques, un praticien qui assistait à l’intervention a semblé étonné voire sidéré de me voir utiliser un lentulo pour mettre en place le matériau dans le canal.
« Je croyais que le lentulo était interdit chez les endodontistes ? » me lança-t-il d’un ton presque accusateur…

Comme tous les instruments, rien n’est strictement interdit. Les instruments sont rarement dangereux par essence. C’est l’utilisation inappropriée que l’on en fait qui peut les rendre dangereux.
Pour le lentulo, c’est exactement la même chose. Son pas inversé fait qu’il ne peut pas visser dans le canal (à moins de l’utiliser avec un sens de rotation inversé, ce qui représente d’ailleurs une des causes de fracture). Alors pourquoi voit on autant de fragments de lentulo fracturés dans les canaux ?

La cause principale de fractures est le blocage de l’instrument dans le canal lorsque celui-ci n’a pas été correctement préparé.
Pour comprendre le problème, revenons 20 ans en arrière. A une époque où la mise en forme canalaire était essentiellement faite manuellement, avec des séquences très hasardeuses. Lorsque la longueur de travail était atteinte avec un instrument, on en était presque à considérer que la mise en forme était terminée.
Les formes de préparation étaient alors beaucoup plus fines. Je ne parle pas bien évidemment de la technique sérielle de Schilder qui permettait d’avoir une préparation conique et évasée comme celle que nous pouvons obtenir aujourd’hui avec les instruments en Nickel Titane.

Malgré cette insuffisance de préparation, il fallait obturer le canal. Et c’est là que le lentulo était considéré comme le sauveur. Car cette spirale allait pouvoir propulser le matériau très loin dans le canal grâce à sa forme de vis sans fin. Il semblait alors possible de compenser un défaut de préparation grâce à l’injection… on connaît la suite.

Le canal étant trop fin pour recevoir le lentulo, très fréquemment celui-ci se bloquait dans le canal et se fracturait.

Inversement, lorsque le canal était plus large naturellement ou élargi par la mise en forme, le lentulo pouvait être inséré sur toute la longueur du canal. Dans ce cas, alors que le lentulo pouvait s’exprimer pleinement, on pouvait assister à une propulsion de matériau au-delà de la dent, dans le périapex ; avec parfois la création de dégâts importants. Ceci survenait en général lorsque le foramen avait été sur-préparé. Dans les deux cas, le traitement endodontique allait se solder par un échec, et le pauvre lentulo était systématiquement incriminé…

Alors si vous n’avez pas connu cette époque de l’endodontie, vous comprenez maintenant pourquoi le lentulo hante les praticiens endo-conscients.

Mais si on réfléchit bien, ces problèmes associés au lentulo ne sont pas du fait de l’instrument lui-même, mais bien de sa mauvaise utilisation.
Un lentulo dans un canal non préparé et non élargi se fracturera probablement. C’est évident. Et si le canal est correctement préparé l’injection du matériau avec cette spire sans fin se fera très fréquemment en excès.

Pour les techniques d’obturation utilisant la compaction à chaud ou la condensation à froid de la gutta percha, un volume minimum de ciment est requis. Ce ciment est là pour faire le liant entre la gutta et la structure dentaire. Il n’est pas destiné à obturer le canal. Injecter ce ciment avec un lentulo n’a pas de sens, car il le sera systématiquement en excès.

Malgré tout cela, le lentulo pourrait redevenir « à la mode ». Mais pourquoi ?

Tout simplement parce que les techniques innovantes d’obturation s’orientent vers un remplissage du canal avec un matériau fluide plutôt qu’avec de la gutta compactée.
Le concept de l’obturation canalaire avec une biocéramique est justement basé sur le remplissage du canal avec le matériau. Le cône de gutta percha placé au milieu de l’obturation sert d’une part à pousser le matériau d’obturation en direction apicale et latérale, et d’autre part à rendre possible la désobturation au cas où un retraitement s’avérerait nécessaire. Mais la gutta ne se comporte plus comme la matériau d’obturation (même si au final, il y participe)

Et finalement pour remplir un espace long et étroit avec un matériau dont la consistance s’apparente à celle d’un silicone fluide, il n’y a rien de mieux qu’un lentulo, et de gros diamètre. Et comme le canal a été correctement préparée et élargi, le lentulo flotte en son milieu, sans contrainte. Il n’y a donc aucune raison pour qu’il ne se fracture.
Quant à la vitesse de rotation, bien entendu il est hors de question de l’utiliser à grande vitesse. L’objectif ici n’est pas d’espérer propulser le matériau en direction apicale, mais bien de remplir le canal avec le matériau fluide pour y placer ensuite le cône de gutta en technique monocone.
Le lentulo est alors utilisé à vitesse relativement lente. 600 ou 800 tours minutes maximum. Comment obtenir cette vitesse ? Tout simplement en l’utilisant avec le moteur d’endodontie sur lequel les vitesses lentes peuvent être programmées.

Voilà ce que j’ai expliqué à mon collègue l’autre jour pour justifier mon utilisation d’un lentulo. Il est reparti pensif mais convaincu qu’il devait, je le cite « se former aux nouveaux concepts de l’endodontie… »
Si vous aussi vous voulez vous mettre à jour en endodontie, et surtout comprendre pourquoi l’obturation canalaire peut changer grâce aux nouveaux matériaux, n’hésitez pas. Et rappelez-vous que Endo Academie vous propose toutes ces formations en parfaite autonomie et avec flexibilité, avec travaux pratiques ou pas.

Quant au lentulo, l’essentiel est là, et il me semblait vraiment nécessaire de justifier en quoi le lentulo peut encore nous servir.

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