#120 – MTA, Biodentine, silicates de calcium : comment choisir son matériau de coiffage ?
Vous avez décidé de faire un coiffage pulpaire — très bien. Mais maintenant se pose la vraie question : MTA ou Biodentine ? Oxyde de bismuth ou tantale ? Silicate di- ou tricalcique ?
Ce n’est pas qu’une question de préférence ou d’habitude. C’est une question de biologie, de pronostic et parfois d’erreur évitable.
Vous avez eu des cas où le MTA a grisant les dents ? Vous vous demandez pourquoi certains produits disparaissent des canaux au bout de 18 mois ? Vous voulez comprendre ce que vous mettez vraiment au contact de la pulpe de votre patient ?
C’est ce sujet que je vous propose d’aborder pour cette réponse d’expert d’Endo Académie.
Les biocéramiques : une famille large, des différences fondamentales
Le terme « biocéramique » est aujourd’hui utilisé à toutes les sauces. Dans les faits, il désigne des matériaux non métalliques, non organiques, à activité biologique. Ça englobe beaucoup de choses — et c’est là le piège.
Ce qui nous intéresse pour le coiffage pulpaire, ce sont les ciments hydrauliques : des ciments qui prennent en présence d’eau. À l’intérieur de cette catégorie, on distingue deux grandes familles.
La famille des MTA est issue du ciment Portland — un ciment de construction classique, purifié pour retirer l’arsenic, et auquel on ajoute un agent radio-opacifiant pour le rendre visible à la radiographie. Sans cet ajout, le MTA est invisible aux rayons X.
La famille des silicates de calcium synthétiques est construite différemment : on part de la molécule active identifiée dans le MTA — le silicate de calcium — pour la synthétiser de manière contrôlée. On obtient ainsi du silicate dicalcique ou tricalcique selon le procédé de fabrication.
L’oxyde de bismuth : le coupable des dents grises
Si vous avez eu des cas de colorations grises ou brunâtres après un coiffage au MTA, la responsabilité incombe presque systématiquement à l’agent radio-opacifiant utilisé : l’oxyde de bismuth.
C’est lui qui, au contact des tissus dentinaires, provoque les colorations. C’est pour cela que le ProRoot de Densply, par exemple, est à éviter en zone esthétique : il contient de l’oxyde de bismuth.
Les alternatives sans risque de coloration utilisent soit du tantale (toute la gamme ZARK, le NeoMTA/NeoPutty d’Avalon Biomed), soit de l’oxyde de zirconium (présent chez la plupart des autres fabricants). Si vous ne savez pas ce que contient votre MTA, vérifiez la DFU — la notice fabricant — avant de l’utiliser sur une incisive.
MTA vs silicate de calcium : quelle différence concrète ?
Biodentine et Bioroot, commercialisés par Septodont, sont les seuls produits à base de silicate tricalcique pur. Septodont détient le brevet de cette formulation. Tous les autres produits sur le marché — EndoSequence, TotalFill, Ceraseal — combinent silicate di- et tricalcique.
Pourquoi Septodont a-t-il voulu du tricalcique pur ? Parce que c’est la forme du silicate de calcium la plus biologiquement active. Cela ne signifie pas pour autant que les autres produits soient inactifs — la concentration en tricalcique des mélanges peut très bien être suffisante pour le travail clinique.
La Biodentine a toutefois un point faible connu : elle perd sa radio-opacité dans le temps. Ce n’est pas un problème clinique majeur, mais c’est une donnée à intégrer dans votre suivi radiographique. Pour cette raison, son utilisation en coiffage pulpaire ou en obturation canalaire doit être associée à une traçabilité rigoureuse dans le dossier.
Comment le matériau agit-il biologiquement ?
C’est la question qui fâche — parce que la réponse n’est pas celle qu’on enseigne depuis 20 ans.
La théorie classique affirme qu’en mettant un matériau biocéramique au contact de la pulpe, on recrute des cellules souches, on les différencie en odontoblastes, et ces odontoblastes sécrètent une barrière de dentine réparatrice. C’est propre, c’est logique, c’est dans tous les manuels.
Mais une hypothèse de plus en plus sérieuse remet en question ce scénario. Elle postule que les cellules pulpaires ont intrinsèquement la capacité de minéraliser, mais que cette capacité est inhibée en conditions physiologiques normales. Lorsqu’on place un matériau biocéramique au contact de la pulpe, ou lorsqu’on déclenche une inflammation contrôlée (ce qu’on appelle une mild injury), cette inhibition est levée. Les cellules pulpaires se mettent alors à minéraliser spontanément — sans recrutement de cellules souches, sans différenciation préalable.
Ce que l’histologie montre effectivement, c’est une masse minéralisée anarchique avec des cellules incluses — ce que l’on appelle de l’ostéodentine, pas de la vraie dentine tubulaire. Ce n’est pas ce que les odontoblastes produisent normalement. C’est ce que des cellules activées en urgence produisent pour boucher un tunnel.
La conclusion pratique est simple : ce n’est peut-être pas tant le matériau lui-même qui déclenche la minéralisation que le fait de contrôler l’inflammation pour permettre à la biologie pulpaire de faire son travail.
Protocole pratique : comment mettre en place le matériau ?
Une fois le diagnostic posé, l’exposition pulpaire identifiée et le saignement contrôlé, voici les étapes clés :
- Désinfection de la cavité à l’hypochlorite de sodium à 2-3 %. Contrairement à une idée reçue, mettre de l’hypochlorite au contact de la pulpe n’est pas problématique — les études récentes montrent même que cela améliore significativement le taux de succès en éliminant les bactéries de la cavité.
- IDS (Immediate Dentine Sealing) sur les parois dentinaires environnantes. C’est une étape importante pour fermer les tubuli et préparer le terrain du collage coronaire. Quelques secondes de mordançage de la dentine, un adhésif un peu visqueux, et on photopolymérise.
- Placement précis du matériau sur la ou les expositions pulpaires. Le MAP System est un outil très pratique ici : une seringue avec différents embouts selon le volume à déposer — embout rouge pour le coiffage classique, embouts VPT pour les pulpotomies. On dépose précisément le matériau sans l’étaler dans toute la chambre.
- Restauration coronaire directe dans la foulée, sous champ opératoire. L’étanchéité coronaire est aussi importante que le matériau de coiffage lui-même — c’est l’autre moitié de l’équation du succès.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser n’importe quel MTA pour un coiffage sur une incisive ?
Non, pas sans vérifier la composition. Les MTA contenant de l’oxyde de bismuth comme radio-opacifiant — dont le ProRoot de Densply — sont à éviter en zone esthétique, car ils exposent à un risque de coloration grise ou brune de la dent. Privilégiez les produits formulés avec du tantale (NeoPutty, gamme ZARK) ou de l’oxyde de zirconium, qui ne présentent pas cet effet indésirable.
La Biodentine est-elle supérieure au MTA pour le coiffage pulpaire ?
Les deux sont efficaces sur le plan biologique. La Biodentine a l’avantage d’être plus facile à manipuler et d’avoir une prise plus rapide. Son inconvénient principal est la perte de radio-opacité dans le temps. Le MTA, notamment sous forme de putty, permet un placement plus précis grâce à des systèmes d’injection dédiés. Le choix dépend davantage du contexte clinique et de vos habitudes que d’une supériorité prouvée de l’un sur l’autre.
Est-il vrai que l’hypochlorite de sodium nuit à la qualité du collage dentinaire post-coiffage ?
C’est une crainte légitime et souvent citée, mais son impact clinique réel reste sujet à débat. La solution est pratique : réaliser l’IDS (Immediate Dentine Sealing) avant de placer le matériau de coiffage, en protégeant l’exposition pulpaire pendant cette étape. Cela permet de profiter des bénéfices de l’hypochlorite sur la désinfection tout en assurant une interface dentinaire de qualité pour le collage coronaire.
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